J’ai toujours été une battante.
Je refusais que la vie ou ce que le reste des hommes appelle fatalité m’empêche
d’évoluer et d’avoir ce que je veux. Enfant, ma mère me disait souvent que
j’étais le bébé le plus braillard lorsque j’avais faim. Je serrai les poings et
je criai le plus fort possible pour qu’elle m’entende. Alors, affolée, elle se
mettait dans tous ses états pour me donner ce que je voulais. Ainsi, ai-je
toujours grandi avec la certitude que je pouvais faire plier la vie à ma guise,
que les autres me donneraient toujours ce que j’attendais d’eux. Et quand tu as
la foi, ce en quoi tu crois devient réalité. J’ai donc évolué en ne laissant
aucun événement m’atteindre. Je contrôlais ma vie et mon destin.
Mais il arrive parfois que la vie
veuille t’éprouver, voir à quel point tes convictions sont profondes. Croyez-moi,
le karma est loin d’être aussi garce que la vie. Cette salope m’a refilé un
cancer du sein, histoire de voir jusqu’où je pouvais la manipuler. Elle a pris
cette mine arrogante quand le médecin a prononcé le mot cancer. Vous auriez dû
voir son sourire quand elle m’a vu ébranlée. Et sa satisfaction, quand elle me
voyait me débattre dans mon lit d’hôpital. Elle n’a eu aucune pitié en voyant
mes parents se mettre dans tous leurs états pour pouvoir me payer les frais
d’hôpitaux.
Malgré la douleur lancinante qui
me paralysait parfois, la tristesse de quitter mon pays pour un autre afin
d’avoir des services plus appropriés, je n’ai jamais cessé de me battre. Pas
pour moi mais pour ma famille, pour mes parents qui n’avaient eu que moi comme
enfant. J’ai regardé trop de films et lu trop de livres pour savoir que leur
mariage ne tiendrait pas le coup si je mourrais maintenant. Et puis, j’avais
tellement de choses à vivre encore. Je n’avais que vingt-cinq ans. J’avais
encore des rêves à réaliser, des pays à visiter, des défis à relever, un empire
à bâtir. Je ne pouvais pas mourir maintenant.
Mais vous savez quoi ? A une
certaine période, j’ai regretté de m’être battue. « J’aurai préféré encore
mourir » me suis-je dit en m’observant dans le miroir. Un sein droit
présent et une grosse cicatrice à la place de l’autre sein. Le cancer m’avait
pris un sein. Le cancer m’avait enlevé ce qui faisait partie de ma féminité. Je
ne me sentais plus comme une femme. Même pas comme une humaine. J’ai pleuré
comme une madeleine. Et c’est seulement après que je me suis résolue. J’étais
encore vivante. Je pouvais vivre encore mes grands rêves. Je pensais à toutes
ces autres femmes qui auraient aimé être à ma place. Celles qui voulaient se
débarrasser d’un cancer rien qu’en se passant d’un sein.

Ensuite, j’ai pensé à toutes
celles qui ne devraient même pas avoir à vivre ça. A toutes celles qui ne se
doutent pas que leur féminité est la cible d’une put*** de maladie. A toutes
celles qui n’écoutent toujours pas les messages de sensibilisation quant au
dépistage du cancer. A toutes celles qui préfèrent vivre au jour le jour plutôt que de se soucier de ce qui adviendra demain. J’ai pensé à toutes ces femmes
qui méritent une meilleure vie que la mienne et j’ai écrit ce billet.
#OctobreRose